dimanche 12 octobre 2008

Bilan ciné de la semaine

Appaloosa (parce que j'aime les westerns, et Viggo, et les westerns, et surtout Viggo...) :
Un bon vieux western avec des vrais cow-boys virils, des bleds perdus et poussiéreux, des duels et des méchants indiens... A tel point qu'on passe un bon moment mais que je trouve qu'il manque un petit quelque chose pour en faire plus qu'un bon film vite oublié. Peut-être est-ce l'exploitation quasi-inexistante de la musique (un élément pourtant important des westerns...), ou le montage parfois un peu étrange qui fait passer d'une scène à l'autre sans grande transition... Il y a quelques éléments un peu parodiques (le shérif qui ne trouve pas ses mots, le duel hyper rapide...) mais ils sont trop disparates pour que le film soit vraiment vu comme une réactualisation. Bref il reste sympathique et vaut surtout pour le très réjouissant duo formé par Ed Harris et Viggo Mortensen, on sent leur grande complicité et l'immense plaisir qu'ils ont à jouer ensemble, et leurs scènes communes restent les plus réjouissantes. Je regrette également le traitement un peu étrange apporté au personnage de Renée Zellweger qui promettait d'être excellent (la scène de son arrivée dans le salon de thé où les deux cow-boys bien bourrus se retrouvent soudainement désarmés face à elle est énorme) mais qui part copieusement en live, comme si ils n'avaient pas réussi à choisir entre faire d'elle une fille de la ville coincée et une garce prête à tout (le coup du "il faut qu'elle soit avec le meilleur de la horde" on y croit à peine 3 min...)Bref un film agréable et sympathique mais auquel il manque un petit souffle pour redonner ses véritables lettres de noblesse au genre.


Vicky Cristina Barcelona (parce que c'est le dernier film de Woody Allen) :
Après maintes réflexions et discussions je crois que je fais partie des gens qui considère ce dernier Woody Allen comme un excellent cru. Match Point s'éloignait un peu de l'humour habituel du réalisateur, et Scoop y retournait mais de manière moins brillante, ici il semble avoir enfin réussi à lier à nouveau les deux. Continuant joyeusement son tour de l'Europe Woody a donc posé ses valises à Barcelone où il semble avoir constaté que pour des américains la ville pouvait représenter l'Europe dans ce qu'elle a de plus passionnée, séduisant, et même dangereux... Il y envoie donc deux américaines, amies mais très différentes, leur balance un beau peintre espagnol dans les pattes, rajoute une femme hystérique, et observe ce que ça donne. Pour moi le personnage principal reste Vicky, jolie, curieuse et sur de ce qu'elle veut on observe le vacillement progressif de ses certitudes avec une grande fascination (tout en espérant secrètement qu'elle finisse par larguer le boulet fini qui lui tient lieu de fiancé...). Le personnage de Scarlett Johansson m'a semblé un peu moins intéressant et un peu trop proche de celui qu'elle incarnait déjà dans Match Point (je la préfère en gourde sympathique dans Scoop, mais je sais qu'elle n'a alors pas le même intérêt pour la gente masculine...) reste que le ménage à 3 qu'elle forme avec Javier Bardem et Pénélope Cruz est tout à fait magnifique et semble illustrer à merveille l'idée de Lubitsch selon laquel un trio est toujours plus vivant qu'un couple. Les décors sont sublimes et offrent un écrin parfait à toutes ces belles femmes filmée avec amour et élégance et à un Javier Bardem plus charismatique que beau mais bien loin des clichés qu'on aurait pu attendre... Un excellent film donc, fin, complexe mais aussi très drôle, et impeccablement filmé.

dimanche 5 octobre 2008

Bilan ciné de la semaine

Comptant profiter de la débauche cinématographique que permet une certaine carte de cinéma illimitée j'ai décidé d'aller au moins 2 fois par semaine au cinéma, et de me forcer à mettre des critiques plus ou moins longues et intéressantes ici tous les week-end.

On commence avec une semaine un peu maigre puisque je n'ai pu voir qu'un seul film... Mais il m'a inspiré donc bon, vous plaignez pas...

Entre les murs (parce que le sujet m'intéresse, parce qu'il a eu la Palme d'Or, parce que j'ai envie de pouvoir m'incruster dans les débats qu'il suscite):

Je ne sais pas si c'est une Palme d'Or mérité (n'ayant pas vu la majorité des films de la sélection, c'est difficile de juger) mais c'est indéniablement un magnifique film qui méritait d'attirer l'attention, tant sur son sujet que sur la manière dont il le traite. Finalement je crois que je préfère quand le festival se montre un peu engagé et révélateur de l'air du temps avec des prix comme cela plutôt que complètement déconnecté de la réalité.

Car il s'agit bien d'un vrai film et non d'un documentaire. Un documentaire ne me semble pas avoir de double sens ou de sujet autre que celui qu'il aborde officiellement, alors qu'ici c'est bien plus qu'un simple documentaire sur un collège dans un quartier difficile. C'est une vraie fiction, avec un début, un climax, une fin mais qui pourrait tout à fait arriver en vrai. Certes il y a un côté documentaire, et dans ce cas je suis frappée par la justesse avec laquelle il aborde ce sujet à la fois difficile et important qu'est l'éducation, bien sur je ne sais pas ce qu'il vaudra dans des années mais pour l'instant c'est un film qui sonne vrai, un film subtil et "nécessaire" qui dit énormément de chose sur notre société en général et pas seulement sur l'école. Dans ce film il n'y a ni gentils ni méchants, et même si le point de vue des profs est tout de même privilégié les élèves ne sont pas laissés en reste et n'apparaissent pas complètement comme les monstres incontrôlables et irrécupérables de service. Il montre surtout un jeune prof qui a su garder la foi et a pris le parti de traiter ses élèves comme des êtres humains, d'essayer de s'en rapprocher même si ce n'est pas toujours très scolaire plutôt que de les engueuler ou de les écraser. Certains profs trouvent sa manière d'enseigner condamnable, non seulement je ne crois pas que ce soit le vrai sujet du film, mais en plus il me semble qu'il se débrouille pas si mal que ça, au moins il est réaliste, il ne vit pas dans l'illusion, comme certains profs, que leur faire étudier Voltaire va les mener à grand-chose, il aborde la littérature dans un cadre plus général et, à mon sens, plus utile dans ce genre de classe. Certes son entreprise ne se fini pas complètement sur un succès, mais il a tout de même réussi à faire naître quelque chose, et de voir que lorsqu'il se fait agresser par un élève les autres le défendent sur le coup est bien révélateur que, quelque part, il a réussi à gagner leur respect.

Pour moi c'est avant tout un film sur le langage, et sur les barrières qu'il peut installer entre les êtres humains alors qu'il devrait au contraire permettre aux hommes de communiquer et de se comprendre. A un professeur bavard et utilisant des mots (malheureusement) trop compliqués pour eux s'opposent des élèves ayant leur propre langage, un langage violent, souvent irrespectueux, et on réalise au cours du film que finalement, là où l'adulte s'exprime par la parole, les adolescents semblent préférer l'image, comme le montre les nombreux plans sur eux et leurs affaires pendant que le prof parle, l'importance du tatouage, du look ou les photos de famille que le professeur leur demande d'afficher. Plutôt que de leur faire rentrer des choses inutiles dans la tête il essaye avant tout de les pousser à se comprendre eux-mêmes, à se trouver et à s'aimer pour ce qu'ils sont à un âge et dans des conditions où c'est si difficile. On découvre alors que sous leurs apparences parfois, il faut bien le dire, carrément tête à claque se cache aussi des gens intéressants, des futurs adultes qui ont besoin d'être rassurés sur eux-mêmes et leur légitimité pour pouvoir peut-être évoluer favorablement. Les moyens de communication entre les hommes n'apparaissent pas comme des acquis universels, mais comme des choses qu'il faut sans cesse remanier, actualiser, adapter, comme la mère d'élève qui ne parle pas français et a donc besoin d'un interprète, ou le prof qui explique aux élèves qu'ils doivent adapter leur registre de langage à leur interlocuteur.

Bref j'y vois bien plus qu'un documentaire montrant que les difficultés scolaires sont surtout dues au milieu. Déjà ce n'est pas vraiment le cas, comme le montre le petit asiatique qui vient d'arriver en France mais est déjà très bon ou la fille qui a lu la République de Platon, en y mettant de la bonne volonté ils peuvent y arriver, tant qu'ils auront compris que c'est dans leur intérêt et auront le courage de surpasser les difficultés de leur situation. C'est également plus qu'un document montrant la misère des élèves et des profs, mais plutôt un film sur un groupe d'adulte et un groupe d'ado qui n'arrivent plus à communiquer parce que le second ne comprend plus vraiment l'utilité du premier qui lui ne sait plus comment s'y prendre. Il montre à quel point l'école actuelle peu être déconnecté des réalités, et ce pas seulement dans les quartiers en difficulté, et la tentative d'un professeur de faire avec, tout en restant humain.

Après, pour en revenir au prix qu'il a reçu à Cannes, je trouve ça bien d'avoir attiré l'attention sur ce film parce que c'est un sujet brûlant et que je le trouve passionnant, bien filmé et merveilleusement monté, mais un film comme Valse avec Bachir aurait pour moi plus mérité la Palme d'Or, puisque, bien qu'étant lui aussi une sorte de docu-fiction, il a l'avantage d'aborder un sujet bien plus universel et avec plus d'ambition et d'innovation artistique. Après la perspective de donner une palme à un film d'animation/documentaire (un ovni quand même!) a pu en effrayer plus d'un, c'est dommage, reste que je suis contente de le film de Laurent Cantet ai touché le jury.